Pendant des annees, la consigne etait simple : vermifuger tous les chevaux, tous les trois mois, hiver comme ete. Cette routine systematique est aujourd'hui depassee. A force de traiter a l'aveugle, les parasites developpent des resistances aux molecules, et on finit par vermifuger des chevaux qui n'en ont pas besoin tout en ratant ceux qui sont reellement infestes. La nouvelle approche s'appelle la vermifugation raisonnee : on traite moins, mais on traite juste.
Le pre, premier champ de bataille
Avant de penser au tube digestif, il faut penser a l'herbe. Le cycle est presque toujours le meme : le cheval avale des larves en broutant une herbe souillee par les crottins, les larves deviennent adultes, pondent, et les oeufs repartent dans les crottins. Le paturage est donc le vrai foyer de contamination.
Trois gestes reduisent la pression parasitaire bien plus efficacement qu'un vermifuge de plus :
- Ramasser les crottins regulierement (deux fois par semaine en saison) : c'est la mesure la plus rentable.
- Faire tourner les parcelles et eviter le surpaturage, qui oblige les chevaux a brouter ras, la ou les larves sont concentrees.
- Faire paturer d'autres especes (bovins, ovins) en alternance : elles ingerent les larves equines sans les heberger, ce qui casse le cycle.
Tester avant de traiter : la coproscopie
Plutot que de vermifuger au calendrier, la coproscopie (l'analyse d'un echantillon de crottin) compte les oeufs presents et indique si le cheval est un faible ou un fort excreteur. On observe en general qu'une minorite de chevaux porte la majorite des parasites. Ce sont eux qu'il faut cibler. Resultat : on epargne les molecules, on ralentit les resistances, et on protege ceux qui en ont vraiment besoin.
Les moments ou l'on traite quand meme
La vermifugation raisonnee n'est pas l'absence de traitement. Quelques situations justifient un vermifuge sans attendre une analyse :
- Les poulains et jeunes chevaux, plus sensibles aux ascaris, suivent un protocole specifique.
- L'automne, pour cibler les tenias et les larves enkystees de petits strongles, deux parasites que la coproscopie detecte mal.
- Un cheval qui arrive dans une ecurie : on le vermifuge et on l'isole quelques jours avant de le mettre au pre commun.
Les signaux qui doivent alerter
Un cheval moderement parasite ne montre souvent rien. C'est l'infestation lourde qui se voit : amaigrissement malgre une bonne ration, poil terne, ventre ballonne chez le jeune, coliques a repetition, demangeaisons a la base de la queue. Ces signes ne sont pas specifiques : en cas de colique aigue ou d'amaigrissement marque, le veterinaire reste le seul interlocuteur. La coproscopie et le conseil veterinaire vont d'ailleurs de pair : c'est lui qui construit avec vous le plan adapte a votre cheval et a votre pre.
En clair, le meilleur vermifuge n'est pas un produit, c'est une methode : un pre bien gere, une analyse avant traitement, et des interventions ciblees aux bons moments. Votre cheval s'en portera mieux, et votre budget aussi.