Cette année, on ne peut pas se contenter d’un simple haussement d’épaules face à la disparition d’un tiers de l’herbe annuelle dans nos prairies françaises. Pour les propriétaires de chevaux, c’est une véritable sonnette d’alarme. Avec seulement 51,4 % de la pousse habituelle au 10 août, contre 76,2 % en référence, l’herbe se fait rare, et cela se ressent déjà dans les granges. La sécheresse intense a stoppé net la croissance des regains, ces fameuses deuxième et troisième coupes qui constituent le foin le plus délicat et appétissant. Résultat : les réserves de fourrage diminuent à vue d’œil, et il est urgent de revoir sa stratégie de conservation et d’approvisionnement.
Sécheresse et disparition d’herbe annuelle : un cocktail explosif pour le stockage du foin
On aurait pu penser que la première coupe printanière sauverait la mise, mais non. Même celles-ci, souvent correctes, ne pourront pas combler les manques criants laissés par les regains en berne. Cette raréfaction du fourrage de qualité impacte directement l’alimentation équine, en particulier pour les chevaux dits difficiles, jeunes ou âgés, qui dépendent justement de la finesse et de la souplesse du regain. Et le grand problème, c’est qu’un tiers de l’herbe annuelle s’est évaporé dans l’atmosphère sèche et brûlante.
La Bretagne, souvent héroïque en matière de herbage, plafonne à seulement 57,6 % de pousse annuelle contre 79,7 % d’habitude. Quant à la Bourgogne-Franche-Comté et à la Nouvelle-Aquitaine, elles naviguent entre 45 et 48 %. Pardonnez le pessimisme : ces chiffres sont de vrais coups de massue pour tous ceux qui comptent sur les prairies pour alimenter leurs équidés cet hiver.
Le plan d’un milliard d’euros : une bouée pour les exploitants, pas pour les passionnés
Le ministère de l’Agriculture a sorti le carnet de chèques avec un plan de soutien conséquent annoncé début septembre. Oui, plus d’un milliard d’euros pour soutenir les producteurs agricoles victimes de la sécheresse. Mais attention, ce dispositif ne concerne que les exploitants agricoles, pas le propriétaire de cheval de loisir moyen. En clair, si votre écurie n’a pas un statut agricole, vous n’êtes pas dans la ligne directe de tir des aides. Cela signifie que l’achat du fourrage se fera dans un marché tendu, entre éleveurs subventionnés et particuliers sans filet.
La conséquence ? Les réserves de foin, déjà réduites, seront disputées férocement, avec des prix en hausse, alors que le temps presse pour assurer la conservation optimale du précieux fourrage.
Combien de foin prévoir pour affronter la pénurie et préserver la santé de votre cheval ?
Si vous pensiez stocker votre foin en novembre, vous arrivez trop tard. Le calcul est simple mais souvent oublié : un cheval de 500 kg a besoin de 1,5 à 2 % de son poids vif en matière sèche par jour – autrement dit entre 7,5 et 10 kilos. Avec un foin titrant environ 85 % de matière sèche, il en faut entre 9 et 12 kilos de foin brut par jour, pertes incluses. Car oui, les pertes au sol, sous les sabots et dans le râtelier représentent entre 10 et 15 %. Ensuite, il faut multiplier par la durée de la période sans herbe nourrissante, qui s’étire de 150 à 200 jours, ce qui donne une fourchette entre 1,4 et 2,4 tonnes par cheval.
Pas de panique, imaginez plutôt que c’est entre 5 et 9 bottes rondes de 250 à 300 kilos à stocker, un vrai challenge logistique. Deux chevaux au pré toute l’année, c’est carrément plusieurs tonnes à organiser. La qualité du foin devient alors un critère non négociable, surtout en période de déficit. La conservation doit être impeccable, à l’abri de l’humidité et bien aérée, préférablement stockée sur palettes pour éviter la moisissure et la dégradation qui tuent la qualité du fourrage.
Comment ne pas se faire avoir dans le choix du foin : le nez et la main avant la carte bancaire
Un lot de foin ne se mesure pas au prix affiché par botte ronde, mais au kilo. Ne vous laissez pas avoir par un prix bas sur des bottes légères et parfois de piètre qualité. Renseignez-vous sur le poids moyen et la provenance de chaque botte, privilégiez l’homogénéité du lot : même parcelle, même coupe, même date de récolte. Rien de pire qu’un lot hétérogène qui oblige à refaire la transition alimentaire sans cesse, avec le risque classique de colique en hiver.
Le foin doit être récolté tôt pour être plus feuillu et digestible, donc mieux adapté aux besoins spécifiques des chevaux métaboliques ou âgés. Évitez le foin moisi ou humide, ils sont hélas synonymes de problèmes respiratoires et sanitaires majeurs comme l’asthme équin. La conservation commence sur place : préparer un stockage au sec, surélevé du sol et ventilé est primordial pour éviter que toute votre réserve ne parte en fumée, en odeur ou en poussière.
Ne tombez pas dans les pièges des fausses économies qui coûtent cher
En ces temps où chaque botte compte, trois erreurs peuvent tourner au désastre. D’abord, choisir un foin douteux à moindre coût, qui obligera à tremper les rations quotidiennes pour limiter les poussières – un surcroît de travail et de temps qui finit par coûter plus cher que prévu. Ensuite, rationner brutalement le fourrage dans l’espoir de tenir jusqu’au printemps, alors que le cheval a besoin de mastication constante pour éviter ulcères et stress digestif. Enfin, changer radicalement de type ou de qualité de foin sans transition, un classique pour déclencher des coliques d’impaction en plein hiver.
Les chevaux les plus fragiles, notamment les métaboliques – qui risquent une fourbure si on abuse du concentré – et les vieux chevaux avec dentition usée, souffrent le plus de cette pénurie. Pour eux, un foin trempé ou les granulés de fourrage ne sont pas des choix optionnels, mais une nécessité pour passer l’hiver sans encombre.
Le fil rouge pour 2026 : surveillez de près l’état corporel de votre troupeau, avec un coup d’œil régulier et une note dans votre carnet de santé numérique. Ça peut sembler un brin maniaque, mais cette rigueur vous évitera bien des sueurs froides en mars, quand le manque se fait vraiment sentir.